Notre Grand ayant eu trois ans au mois de mars, il a maintenant systématiquement droit à la fatidique question lorsqu'il rencontre un adulte : " Trois ans ! Tu es grand maintenant. Tu vas aller à l'école l'année prochaine ? ".
Ça y est, nous y voilà... L'heure des questions, des justifications, des remises en questions, des doutes, des incertitudes, des ... NON, STOP !!! Nous ne voulons pas continuer à jouer à ce
jeu-là, Le Papa et Moi. L'évidence m'a sauté aux yeux lors d'un repas en amoureux, il y a 15 jours, où La Papa m'a dit : " On n'a qu'à le mettre à l'école pour être tranquille ; comme ça, les gens arrêteront de nous faire des remarques ou de nous juger... ".
Alors là, je dis : NON !!! C'est notre vie. Qu'on nous laisse la mener comme NOUS le souhaitons, comme NOUS le pensons être le mieux pour nos enfants !!!
Sommes-nous contre l'école et contre la société ? Absolument pas, même s'il est vrai que quelques remaniements ne seraient pas superflus dans le système scolaire actuel.
Voulons-nous couper nos enfants du monde ou les surprotéger ? Non, encore une fois ; nous essayons juste de faire ce qui nous semble le mieux, pour NOTRE famille, dans NOTRE situation.
Nous ne cherchons pas à faire de procès d'intention ou à remettre en question le choix que font les parents de notre entourage de scolariser leurs enfants. Nous respectons leurs choix, pensant qu'ils font ce qu'ils estiment être le mieux pour eux et pour leurs enfants. Nous ne leur demandons pas pourquoi ils mettent leurs enfants à l'école, ni s'ils sont sûrs que c'est la meilleure chose à faire. Nous ne nous immisçons pas dans leur vie privée et dans leurs choix éducatifs qui ne regardent que leurs familles. Alors pourquoi
devrions-nous nous justifier, nous ?
Nous ne cherchons pas à faire de nos enfants une élite, ni à les marginaliser. Nous sommes simplement des parents qui, après avoir envisagé l'éventail des solutions qui s'offraient à eux en matière d'éducation et d'instruction, ont fait des choix et essaient d'assumer leurs idées. Nous n'avons pas la prétention d'avoir fait les BONS choix, ni de penser que les autres font le MAUVAIS choix. Le monde n'est pas tout blanc ou tout noir, il faut savoir être nuancé. Nous profitons de la possibilité d'être dans un état dont les lois offrent aux parents la possibilité d'assumer eux-mêmes l'instruction de leurs enfants.
Article L131-1
L'instruction est obligatoire pour les enfants des deux sexes, français et étrangers, entre six ans et seize ans.
La présente disposition ne fait pas obstacle à l'application des prescriptions particulières imposant une scolarité plus longue.
Article L131-1-1
Le droit de l'enfant à l'instruction a pour objet de lui garantir, d'une part, l'acquisition des instruments fondamentaux du savoir, des connaissances de base, des éléments de la culture générale et, selon les choix, de la formation professionnelle et technique et, d'autre part, l'éducation lui permettant de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle et d'exercer sa citoyenneté.
Cette instruction obligatoire est assurée prioritairement dans les établissements d'enseignement.
Article L131-2
L'instruction obligatoire peut être donnée soit dans les établissements ou écoles publics ou privés, soit dans les familles par les parents, ou l'un d'entre eux, ou toute personne de leur choix.
Un service public de l'enseignement à distance est organisé notamment pour assurer l'instruction des enfants qui ne peuvent être scolarisés dans une école ou dans un établissement scolaire.
Et NON,
l'ECOLE N'EST PAS OBLIGATOIRE, ni avant ni après 6 ans, c'est
l'INSTRUCTION qui l'est. Et, même si ce choix reste actuellement minoritaire en France, cela n'est pas pour autant la preuve de son infériorité par rapport au système éducatif national en place.
Mais, et la socialisation ?Je pense que c'est la question qui revient le plus souvent. Il y a quelques temps encore, notre bibliothécaire m'avouait qu'elle trouvait que l'idée d'instruire ses enfants à la maison était très séduisante, mais que la seule chose qui lui semblait poser problème était le manque d'ouverture sur les autres.
Je comprends complètement cette réflexion, puisque je me suis souvent interrogée (et je m'interroge encore parfois) sur la possibilité de scolariser à temps partiel nos enfants pour leur permettre d' "avoir des copains ". Mais, à la réflexion, je me suis rendue à l'évidence : des copains, ils en ont déjà plein. Et, comme le disait récemment Libellule sur le forum
MONTESSORI, les enfants non scolarisés voient peut-être moins d'enfants que ceux qui vont à l'école, en terme de fréquence et quantitativement, mais ces rencontres, quand elles ont lieu, sont riches et qualitativement très fortes. Les liens qui se nouent ne sont pas le résultat d'un rapprochement forcé ni d'une distribution des classes. Les affinités qui se créent sont de vraies relations qui s'instaurent entre des individus, aussi jeunes
soient-ils, qui décident de se rapprocher et de passer du temps ensemble.
Mon Grand a déjà beaucoup de copains et de copines et il les voit aussi souvent que nous le pouvons (un petit bisou au passage à Titi,
Mano,
Timothé, Clément,
Ju'ien,
Olivia, et aux cousines
Liza,
Evy,
Ally, Jade ainsi qu'à ceux que j'oublie sûrement !!!). Et plus il grandira, plus les occasions de se faire des amis se feront multiples . Quand
il en aura l'âge, des activités telles que la musique ou du sport lui permettront également de rencontrer d'autres enfants avec lesquels il pourra se lier.
Avez-vous rencontré tous vos amis sur les bancs de l'école ? Réfléchissez : parmi eux, n'y a-t-il pas un(e) voisin(e), un(e) cousin(e), une connaissance de vacances, un(e) collègue, un(e) pote rencontré à la musique ou par des amis communs ? Les occasions de se faire des amis,
avouons-le, sont multiples et il serait vraiment réducteur de penser que seule l'école permet la socialisation.
Et,
pour parler de la socialisation apportée par l'école, et sans
vouloir être réductrice, dans quel contexte, hors celui de leur scolarité, les enfants se
retrouveront-ils en compagnie exclusive de pairs de leur âge ? Les enfants qui vont à l'école fréquentent majoritairement des enfants de leur âge. Pour les enfants non scolarisés,
l'âge n'est pas une barrière et ils apprennent à découvrir des personnes de tous horizons. Mon Grand, par exemple, appelle ses " copains " nos amis qui viennent nous voir à la maison et passent du temps avec lui. Et c'est un petit garçon que tout le monde
reconnaît comme ouvert et sociable. Je ne pense pas que son attitude en société serait fondamentalement différence s'il allait à l'école.
Tu devrais mettre le Grand à l'école : ça te laisserait du temps pour toi.Je passerai rapidement sur cette objection, car, sans vouloir être blessante, elle ne me semble pas être très intéressante... Bien sûr, comme tout un chacun, j'ai besoin de temps pour moi. Mais
devons-nous mettre un enfant à l'école pour nous libérer du temps ou parce ce qu'on pense que c'est ce qu'il y a de mieux pour lui ?!!
Il est vrai que lorsque l'on fait le choix de l'instruction en famille, les moments de repos et de détente sont certes moins nombreux, mais quelle satisfaction de voir évoluer et mûrir ses enfants, de se délecter du spectacle de leurs progrès et de se dire que l'on essaie d'apporter sa pierre à l'édifice !!!
De plus, je pense que, passées les premières années bien entendu,
lorsqu'un enfant passe tout son temps avec ses parents, il a besoin de temps pour lui et réclame moins
d'exclusivité qu'un enfant qui ne voit ses parents que le soir ou les fins de semaines. Et, s'il peut arriver que le parent en charge de l'instruction ait vraiment besoin de faire une pause, il pourra
toujours trouver une solution ponctuelle qui permettra à tous d'être à l'écoute des ses envies et de satisfaire à ses besoins.
Pourtant, tu es prof ?!!A cette objection, je
répondrai juste : oui, JUSTEMENT !!! Je suis bien placée pour avoir vu de l'intérieur ce qui ne me convenait pas dans le système en place !
Je ne cherche pas à faire un procès d'intention à
l'Education Nationale, qui, je le pense, permet à des millions d'enfants de bénéficier d'une instruction gratuite, à laquelle ils n'auraient pas accès autrement. Et je reconnais la compétence et le savoir-faire de nombre de professeurs, des écoles ou du secondaire, qui se dépensent activement au service de tous ces enfants. Je pense
juste que, malheureusement, le système en place n'est pas adapté à la totalité des individus et que, s'il peut convenir à un élève " standard " (j'en suis la preuve, même si j'avoue que je n'aime pas ce terme...), il n'offre pas à tous la possibilité de s'épanouir, de trouver sa voie et de se réaliser.
A l'école, on apprend à obéir aux règles et à vivre en communauté.Certes. Mais le fait de ne pas y aller
signifie-t-il obligatoirement le contraire ? La vie en famille n'offre-t-elle pas également, à échelle réduite, la possibilité de se confronter à des règles de vie et d'apprendre le respect de l'autre ?
Certes, à l'école, l'enfant apprend à se plier aux règles, mais cela ne veut pas pour autant dire qu'il les accepte et les comprend. Combien d'élèves, studieux jusqu'alors, ai-je vus se rebeller brutalement à l'adolescence contre le monde des adultes, parents et professeurs ? Et combien se taisent, semblant, en apparence, obéir aux règles, mais étant en réalité juste dans la peau de l'acteur qui joue son rôle d'élève ?
Ce n'est pas ce que je souhaite pour nos enfants. Je veux qu'ils apprennent, certes, à obéir à des règles et à respecter les autres, mais pas parce qu'ils y seront contraints, mais plutôt parce qu'ils les auront intégrés, qu'ils les auront comprises et en auront saisi la nécessité. Je veux que nos enfants deviennent des adultes respectueux, et non passifs, qu'ils puissent remettre en question les règles qui leur paraissent devoir être changées ou améliorées et qu'ils sachent respecter leur propre volonté, sans nier sous la contrainte l'expression de leur propre personnalité.
Il faut avoir les moyens...Pas tout à fait. Je nuancerai en disant
qu'
il faut vouloir se donner les moyens...
Suite à venir.Il faut être capable d'instruire ses enfants, tout le monde n'en a pas la capacité.Alors là, je dis clairement NON à cette vision réductrice du père ou de la mère.
Suite à venir.Vous imposez vos idées à vos enfants ; ils n'ont pas le choix...Ah bon, parce que tous les parents qui
scolarisent leurs enfants leur laissent le choix, à eux ? Arrêtons de nous leurrer, nous imposons tous nos choix à nos enfants ! Quand nous choisissons de les mettre au monde, de leur donner un prénom, de les allaiter ou de leur donner le biberon, d'arrêter de travailler pour les garder à la maison ou de les confier à une nourrice, de les scolariser ou non, puis, plus tard, de leur permettre de se rendre à une soirée, ou de le leur défendre, de leur offrir le permis ou de préférer qu'ils travaillent pour pouvoir se l'offrir...
Car tout parent est dans l'obligation de prendre des
décisions dont les conséquences rejailliront sur ses enfants. Il importe juste que ces décisions soient le reflet d'une mûre réflexion et ne soient pas figées, mais puissent évoluer ou être révisées au besoin. Ainsi, même si, pour le moment, nous pensons que l'instruction en famille peut être une bonne solution pour notre famille, nous ne fermons pas la porte à l'éventualité qu'un jour ce soient nos enfants qui nous demandent à être scolarisés. Ou que notre situation change et nous force à trouver d'autres solutions en matière
d'éducation. Et, si ce jour arrivait, nous serions prêts à réviser nos positions, soucieux du bien-être de toute notre famille.
Voilà, je reconnais que j'ai écrit un pavé, mais il était temps, je pense, de remettre les choses dans le contexte afin d'expliquer plus en détails les raisons de notre choix. Et, même si cela peut paraître un peu formel, je tiens à remercier :
- les mamans du forum MONTESSORI, qui, par leurs interrogations, leurs encouragements et nos échanges, me permettent d'y voir plus clair et d'aller de l'avant ;
- toutes les mamans des blogs sur l'instruction en famille, Montessori ou non, pour leur partage, leur générosité et, bien souvent, leur ingéniosité (!) ;
- les rédacteurs (trices) du magazine Grandir Autrement pour la richesse de leurs articles et le respect dont ils font preuve envers la diversité des modes éducatifs ;
- nos ami(e)s, qui respectent nos choix et nous aident à nous poser les bonnes questions ;
- et SURTOUT mon mari, pour son écoute et sa patience, face à mes doutes et à mes questionnements ; pour le soutien qu'il m'apporte dans cette démarche et dans notre vie de tous les jours et pour l'amour et le temps qu'il accorde à nos enfants et à notre famille. MERCI MON AMOUREUX !!!
Pour conclure, je dirai juste à ceux qui ne comprennent pas notre choix : nous ne vous demandons pas de nous comprendre, simplement de nous respecter. Respectez nos choix, comme nous respectons les vôtre. Est-il vraiment trop dur de vivre dans l'écoute et dans la tolérance, dans le respect de l'autre et de sa différence ?