vendredi 17 juin 2011

De la nécessité de faire une mise au point

Le Grand avait tendance à rechigner ces derniers temps lors des séances en classe, avant la naissance de sa petite sœur. Il se disait " trop fatigué ", ne voulait pas se mettre au travail, faisait preuve de mauvaise volonté et demandait constamment si c'était fini et s'il pouvait sortir...

Je ne m'étais pas trop inquiétée, étant donné que cette période n'avait duré que sur une quinzaine de jours et qu'elle coïncidait avec la fin de la grossesse, période réputée délicate pour les aînés et pendant laquelle j'avais moins d'énergie et me montrait de ce fait peut-être moins enveloppante en classe...

Cependant, même s'il a eu du plaisir à retourner en classe après cette longue interruption, Le Grand s'est vite mis à recommencer à se plaindre, prétextant qu'il lui fallait " toujours " travailler (4 fois 2 à 3 heures par semaine, Mon Dieu, quelle mère indigne je fais !!!), qu'il en avait " marre d'être obligé " et patati et patata...

Ces remarques m'ont fait doutée, de moi, de mes capacités, allant jusqu'à me poser la question d'une scolarisation... Qu'en était-il, en effet, de l'enfant souriant, prompt au travail et à l'effort tel que le décrit Maria Montessori, qui s'autoéduque et parvient ainsi à la construction de soi ? Quel était l'intérêt de l'IEF et d'une non-scolarisation au sein de l'EN si je devais me mettre à contraindre mon enfant au travail, alors que nous avions justement opté pour ce choix soucieux de ne pas dissiper la curiosité et l'aptitude naturelle au travail de nos enfants ?

Après en avoir discuté avec d'autres parents IEF (MERCI notamment à Marie, Marie-Hélène, Natacha, Stéphane et Bernadette !), j'ai remarqué que cette attitude est courante aux alentours des 4/5 ans et qu'il peut devenir nécessaire de " pousser " l'enfant à ce moment-là pour qu'il reprenne plaisir à travailler à nouveau.

Beaucoup, et moi la première auparavant, se figurent qu'il suffit de mettre en place une ambiance Montessori chez soi, de disposer de jolis plateaux dans les étagères et de faire de belles présentations bien comme il faut pour que tout se passe comme sur des roulettes et que l'enfant accourt vers le travail, sourire aux lèvres.

Force est de constater que la description de l'enfant qui prend plaisir à travailler et va de lui-même vers les activités, comme on peut le lire dans les écrits de la doctoresse, ne devient possible que quand l'éducation de la volonté de l'enfant est bien en place et que cela nécessite parfois des périodes de réajustements, où la présence de l'éducateur doit alors être le garant de la bonne évolution des choses.

Je vous renvoie à ce sujet à deux excellents billets (comme toujours !) de Libellule qui m'ont bien aidée à comprendre le sens des expressions " autoéducation " et " liberté " au sens montessorien du terme, ici et ici.

Forte, donc, de ces certitudes, j'ai eu une bonne conversation en classe avec Mon Grand qui refusait de travailler ses activités de Langage et que je voyais stagner dans l'apprentissage des lettres rugueuses. Je lui ai expliqué qu'apprendre était son travail, le travail de tout enfant de 5 ans. Que Papa travaille pour gagner de l'argent pour nous permettre de vivre, que Maman travaille à la maison pour s'occuper de ses enfants et que lui pouvait bien sûr jouer et faire des choses qui lui plaisent mais qu’appendre n'était pas juste une option.

Je lui ai précisé que le choix qui s'offre à lui n'est pas de travailler ou de ne rien faire, mais de travailler avec Maman à la maison ou avec une maîtresse à l'école, comme le font les autres enfants de son âge. Je lui ai fait comprendre que ce que je lui demande n'est pas une exception mais que cela s’applique à tous les enfants.

Puis, sans lui faire de menaces, je lui ai expliqué que, lorsqu'il aurait 6 ans, si nous décidions de continuer à faire l'école à la maison, un inspecteur nous rendrait visite pour voir s'il avait bien travaillé avec Maman et qu'il nous donnerait alors l'autorisation de continuer ou non à procéder de cette façon.

Je lui ai rappelé que cela me faisait plaisir de le garder avec moi mais que je voulais que cela soit agréable pour nous deux et que ce ne l'était pas dans ces conditions ; puis, je lui ai demandé ce qu'il en pensait. Il m'a dit qu'il voulait continuer à travailler à la maison mais qu'il trouvait cela parfois difficile... Je l'ai rassuré sur ses capacités et ses progrès et nous avons décidé de repartir sur de nouvelles bases, moi lui assurant de ma présence et de mon soutien tandis que lui s'engageait à travailler régulièrement dans tous les domaines sans rechigner.

Je pense que cette mise au point a porté ses fruits puisque les séances sont maintenant radicalement différentes : Le Grand travaille de façon autonome et régulière les lettres vues, fait les activités de son contrat sans rechigner et me parait avoir retrouvé le goût du travail et de l'effort.

Ce matin, la séance a donc été très agréable pour nous deux :

Travail sur les sons à l'intérieur des mots.

Révisions de lettres rugueuses.

Écriture spontannée.

Travail avec le serpent positif avec change.

Découpage.

Autre petite satisfaction du jour pour moi et victoire pour Le Grand : le jeu du solitaire, reçu en cadeau lors d'une commande VPC et présenté ce matin pour la première fois et duquel Le Grand a réussi à venir à bout au fil de nombreux essais (me battant ainsi à plate couture, moi qui ne suis jamais arrivée à ne garder qu'un seul pion...) !!!

Victoire !!!

Il suffit parfois d'un peu d'encouragements et de persévérance pour réussir à surmonter les petits obstacles du quotidien !!!

1 commentaire:

  1. Ton post me parle particulièrement, car ma fille de 5 ans est dans ce cas; elle a commencé la lecture, était passionnée, puis s'est arrêtée net un jour.
    Je vais réfléchir à ta mise au point.

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